Lettre ouverte au Président Macron au sujet de la France et la Guinée Equatoriale

23/07/2021

Monsieur le Président de la République Française,

Avant que l’irréparable ne soit commis par la Cour de Cassation Française le 28 juillet 2021, en vous laissant la responsabilité d’en gérer ses conséquences diplomatiques, politiques et économiques inéluctables, conformément au principe d’action et de réaction de Newton, sur les relations entre la France et la Guinée Equatoriale, qui est un partenaire politique et économique privilégié et non francophone de la France en Afrique Centrale et dans la zone du Franc CFA de la CEMAC, permettez à un universitaire français d’origine africaine, qui a contribué intellectuellement à votre élection avec un groupe de rares universitaires français, et qui est un partisan actif du partenariat gagnant-gagnant entre l’Afrique et la France, de vous faire entendre à temps un son de cloche différent de ce que vous avez entendu jusqu’à maintenant sur l’affaire des « biens mal acquis » concernant la Guinée Equatoriale.

En effet, si le principe la lutte contre « les biens mal acquis » est vertueux et louable, sa mise en œuvre dans le cas de la Guinée Equatoriale est vicieuse et contradictoire à plusieurs titres, à la lumière « l’esprit cartésien » qui fait la plus grande fierté de « l’exception culturelle française » dans le monde, et qui confirme que la « contradiction logique est la preuve de la fausseté logique ».

Au titre de la première contradiction, comment des juges « justes » peuvent-ils condamner en première instance et en appel quelqu’un pour « blanchiment d’argent issu de la corruption » en refusant d’entendre le témoignage réclamé par l’accusé des opérateurs officiels du supposé blanchiment que sont la Société Générale et la Banque de France, et donc en refusant de poursuivre et de condamner ces opérateurs ?

Au titre de la seconde contradiction, comment des juges « justes » et des organisations de la société civile en lutte contre l’argent issu de la corruption peuvent-ils poursuivre en justice des « fils ou filles à papa » africains pour leurs dépenses luxueuses en France, pour en particulier l’achat de quelques immeubles, tout en fermant les yeux sur les dépenses somptueuses incomparables en France des « Etats djihadistes et des princes ou princesses venus d’ailleurs », en particulier pour acheter des centaines d’immeubles parmi les plus prestigieux de France? Une justice « irréprochable» peut-elle appliquer de manière ostentatoire une « politique deux poids deux mesures » ? Une telle justice n’est-elle pas entachée de « l’injustice » du racisme anti-noir?

Au titre de la troisième contradiction, la confirmation par la Cour de Cassation des décisions des jugements antérieurs de la saisie pénale de l’immeuble actuel de l’ambassade de la Guinée en France depuis le 27 juillet 2012, après la notification officielle le 4 octobre 2011 au gouvernement français de son affectation aux missions diplomatiques de la Guinée Equatoriale en France, qui était un bien de vice-président de cet Etat acquis le 18 décembre 2004, et qui est devenu légalement un bien de l’Etat équato-guinéen depuis le 15 septembre 2011, près d’un an avant la première décision controversée de saisie pénale à titre conservatoire de ce bien par la justice française le 19 juillet 2012, ne court-elle pas le risque d’être perçue par l’opinion publique africaine de plus en plus exigeante envers la France comme, plus qu’un acte d’un « Etat receleur » de prétendus « biens mal acquis », un acte d’un « Etat voleur » d’un bien incontestable de l’Etat équato-guinéen, d’une valeur estimée de nos jours à 130 millions d’Euros ?

Il est incontestable que la gestion des conséquences potentielles d’une telle décision de la Cour de Cassation sur les relations diplomatiques, politiques et économiques entre la France et la Guinée équatoriale, notamment sur les activités des entreprises françaises dans ce pays qualifié de « Qatar de l’Afrique » et sur la survie du CEMAC dont ce pays est de loin le producteur principal de pétrole, et donc de devises étrangères pour la France, excède les compétences de la Cour de Cassation. Il est donc aussi incontestable qu’une telle décision excède ses compétences et relève de celles de Président de la République Française, élu par le peuple français pour servir et défendre les intérêts supérieurs de la France et non les intérêts privés de ses lobbies, notamment sur la scène mondiale.

C’est ce service et cette défense des intérêts de la France qui ont sans doute fait dire au grand serviteur de l’Etat français qu’était le Président Charles de Gaulle : « les états n’ont pas des amis, ils n’ont que des intérêts ».

L’intérêt de l’Etat français dans ses relations avec les Etats africains, c’est de mettre en pratique les vœux pieux suivants exprimés par le Président Nicolas Sarkozy dans son fameux « discours de Dakar » du 26 juillet 2007 : « La France veut avec l’Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs. Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation. Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est préparer l’Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l’Europe et l’Afrique ».

L’intérêt de l’Etat français, c’est d‘appliquer ces voeux du « discours de Dakar » en particulier au projet industriel, technologique et panafricain par excellence du barrage hydroélectrique du Grand Inga, en coopération non seulement avec la République Démocratique du Congo propriétaire du site du Grand Inga, mais aussi avec tous les autres pays africains devant bénéficier de la production électrique propre de ce barrage d’une puissance de 40 GW, soit le double de la puissance du plus puissant barrage hydroélectrique actuel du monde, celui des Trois Gorges en Chine. Cette coopération qui s’impose en priorité avec les puissances économiques et pétrolières d’Afrique dont la Guinée Equatoriale, qui est le troisième producteur africain de pétrole, après le Nigéria et l’Angola, pourrait offrir à l’économie française une opportunité inestimable de relance en permettant aux grandes entreprises françaises du génie civil et des énergies un accès privilégié aux 100 milliards de travaux du Grand Inga, sachant que la concurrence en Afrique entre les puissances économiques du monde entier est de plus en plus rude.

A cette fin, l’intérêt de l’Etat français est de témoigner envers les Africains et les Etats souverains africains, en particulier envers les Equato-guinéens et l’Etat souverain équato-guinéen, du même respect de leur dignité qu’il témoigne envers les Américains et les Asiatiques et les Etats souverains américains et asiatiques.

Puisse le Président de la République française défendre comme il se doit, avec tous les pouvoirs qui lui sont conférés par le peuple souverain français et la constitution française, les intérêts de l’Etat Français dans la crise actuelle des relations diplomatiques et politiques entre la France et la Guinée Equatoriale !

Paris le 22 juillet 2021

Pascal Kossivi Adjamagbo, Universitaire français,
Président du Conseil des Universitaires et Experts Panafricains (CUEPA)


Commentaires (0)
contact@laotravoz.info